>> BOUQUINS <<

> Yves Chiron : PIE XI

M. Yves Chiron est déjà connu du grand public par d'excellentes biographies consacrées aux papes Pie IX, Pie X et Paul VI. Il traite cette fois de Pie XI (1857-1939), pontife relativement mal connu, et qui reste surtout celui qui a qualifié le communisme d'”intrinsèquement pervers” et condamné le nazisme ; pour les Français, il est aussi le pape qui a condamné l'Action française et qui a proclamé sainte Thérèse de Lisieux patronne des missions. En fait, son action fut considérable et étendue à bien d'autres domaines.

La plus grande partie de sa vie fut consacrée à l'érudition. Achille Ratti fut professeur de grand séminaire, puis travailla à l'Ambroisienne, la prestigieuse bibliothèque de Milan. Il avait 50 ans quand il en devint préfet et fut nommé prélat de Sa Sainteté. Sept ans après, il était préfet de la bibliothèque Vaticane, puis protonotaire apostolique et chanoine de Sainte-Marie-Majeure. Brusquement sa carrière s'accélère en 1918 : il est nommé visiteur apostolique en Pologne, puis nonce apostolique à Varsovie en 1919, et sacré archevêque titulaire d'Adana. Sa mission s'avère délicate, entre clergé de langue allemande et clergé de langue polonaise. Il s'oppose aux évêques polonais qui voulaient que la nouvelle constitution leur reconnût le rang de sénateur (or Benoît XV ne voulait pas que le clergé fît de la politique). Le nonce Ratti fit face avec courage en 1920 à l'invasion de la Pologne par les communistes russes, qui seront finalement vaincus.

A sa grande surprise, car sa nonciature n'avait pas connu de succès éclatant, il fut coup sur coup promu archevêque de Milan et cardinal, en avril 1921. Il ne restera pas un an sur le siège de saint Ambroise : le 6 février 1922, il est élu pour succéder à Benoît XV. Pie XI fut un pape autoritaire et centralisateur, ne concédant que peu d'influence à son entourage. Son oeuvre fut immense. Il fut le pape des concordats, le plus fameux étant conclu en 1929 avec le gouvernement italien et réglant la ”question romaine” en créant la Cité du Vatican. L'instruction du clergé fut un de ses soucis majeurs : il réorganisa les séminaires, rappela l'obligation d'enseigner en latin et de suivre la doctrine de saint Thomas d'Aquin ; il n'hésita pas à supprimer plusieurs universités espagnoles dont il jugeait le niveau insuffisant. Il soumit à l'autorité directe du Saint-Siège les oeuvres missionnaires, suscitant des protestations épiscopales en France, où étaient nées les plus connues, comme la Sainte-Enfance et Saint-Pierre-Apôtre ; Pie XI tint bon, tout fut transféré à Rome. Il n'hésita pas à mettre au pas les congrégations missionnaires, leur rappelant que les territoires de mission ne leur appartiennent pas et peuvent à tout instant être transférés à d'autres.

L'auteur révèle aussi parfois des facettes peu connues de cette oeuvre foisonnante. Ainsi ce n'est pas à la demande d'évêques français que fut condamnée l'Action française, mais bien sur une décision personnelle du pape. On a souvent accusé Pie XI d'avoir abandonné les ”cristeros” mexicains révoltés contre la sanglante tyrannie de la franc-maçonnerie dans leur pays. En fait, Pie XI a légitimé leur combat, même si c'est tardivement.

On ne saurait trop recommander la lecture de cette excellente biographie, fort bien documentée et d'une lecture très agréable.

B. de K.

Perrin, 420 p., 23,50 euros

> Etienne Couvert : LA VÉRITÉ SUR LES MANUSCRITS DE LA MER MORTE

L'auteur, connu pour ses études sur la gnose, traite aujourd'hui des Esséniens, question obscure et qui divise les exégètes : les uns à la suite d'Ernest Renan et, plus près de nous, de Dupont-Sommer, y voient la préfiguration du christianisme ; d'autres pensent que c'est déjà le christianisme. M. Couvert penche pour ceux-ci. Un jour, des découvertes archéologiques permettront peut-être de trancher...

A l'époque du Christ, les sectes abondaient en Palestine, les Esséniens n'en étaient qu'une parmi d'autres. Jean-Baptiste en était-il ? On l'a soutenu, mais aucune preuve formelle n'existe. De même, faire du Christ un adepte du nazirat n'est qu'une hypothèse. Quelques points de convergence ne suffisent pas pour identifier le Maître de Justice des Esséniens au Christ, ni le repas rituel des Esséniens avec l'Eucharistie. Il est vraisemblable qu'après la destruction de Jérusalem les derniers Esséniens se sont plus ou moins fondus avec les chrétiens judaïsants et ont sombré dans la floraison des hérésies (curieusement, M. Couvert ne considère pas les Ebionites comme des hérétiques, alors qu'ils niaient la divinité du Christ). Sans donc épouser obligatoirement toutes ses thèses, on lit avec agrément et profit l'ouvrage fort bien écrit et très documenté de M. Couvert. (Ed. de Chiré, 12,20 euro ; port : 3,60).

Editions de Chiré : D.P.F., B.P. 1, 86190 Chiré-en-Montreuil (Tél. : 05.49.51.83.04).

> André Marion : JÉSUS ET LA SCIENCE

La vérité sur les reliques du Christ”, dit le sous-titre. L'Eglise n'a jamais obligé au culte des reliques, mais elle l'autorise dans la mesure où il favorise la dévotion des fidèles. Quand on voit s'arracher à prix d'or le moindre souvenir d'un artiste illustre ou d'un sportif renommé, on ne peut s'étonner que les chrétiens aient conservé avec soin tout ce qui provenait des martyrs, a fortiori tout ce qui avait pu toucher le Christ. M. André Marion s'intéresse avant tout aux principales reliques qui passent pour provenir du Christ. Son ouvrage est fort bien documenté et très instructif. Il incline à penser que les suaires de Besançon, Compiègne et Cadouin ne sont pas authentiques : simples copies du suaire de Turin. Le voile de Véronique conservé à Saint-Pierre de Rome lui paraît très douteux (du reste, il n'y a pas eu d'ostension solennelle depuis 1854). Il est difficile actuellement de se prononcer sur la tunique de Trèves (Allemagne) et sur le titulus (l'écriteau I.N.R.I. de la croix) conservé à Rome en la basilique Sainte-Croix de Jérusalem, leur mauvais état rendant difficile un examen scientifique approfondi. En revanche, le soudarion d'Oviedo et la sainte coiffe de Cahors semblent bien des linges qui furent au contact de la dépouille du Christ.

L'essentiel de l'ouvrage concerne la tunique d'Argenteuil et le suaire de Turin. M. André Marion montre que ces deux reliques, étudiées minutieusement, travaux scientifiques à l'appui, témoignent mutuellement pour l'authenticité l'une de l'autre. Il démontre brillamment combien la confection d'un faux au XIVe siècle est totalement invraisemblable. Son grand mérite est qu'il n'assène pas brutalement des conclusions, mais présente les travaux scientifiques et laisse le lecteur conclure.

B. de K.

Presses de la Renaissance, 262 p.

> Philippe Maxence : AU JARDIN DE NOTRE PIÉTÉ

L'auteur, né en 1965, ancien élève de l'Institut de Philosophie Comparée, Normand et père de six enfants, est aujourd'hui chroniqueur à La Nef et directeur de L'Homme Nouveau. Son grand-père fut, je crois, ce Jean-Pierre Maxence, ami de Jean de Fabrègues et ”anticonformiste des années 30”, critique littéraire à Gringoire et auteur d'une Histoire de Dix ans 1927-1937 chez Gallimard).

Il nous convie ici, ou plutôt il convie ses enfants, à une évocation de ses liens particuliers avec saint Benoît, Jeanne d'Arc, Chesterton, les Charlier, John Senior, Mère Teresa et quelques autres, - avec aussi l'abbatiale Saint-Etienne de Caen et le pèlerinage de Chartres. Un livre réconfortant parce qu'il montre que l'amour de l'Église est toujours présent dans de jeunes familles françaises.

Yves Gascoigne

Dominique Martin Morin, 160 p., 14,03 euros.

> Abbé Dominique Rodde : PIE XI ET LE CHRIST ROI

C'est volontairement qu'il n'a pas été traité dans le compte rendu précédent de l'institution de la fête du Christ Roi, puisque l'abbé Rodde, prêtre du diocèse d'Autun et canoniste, donne ici le texte intégral de l'encyclique Quas primas, explique les fondements de la fête dans l'Ecriture, en développe les conséquences théologiques et restitue le climat du monde en 1925. Pie XI justifie la souveraineté universelle du Christ, qu'Il tient de Son Père. Il est à noter qu'il parle de domination du monde créé, et non pas de personnes ou d'êtres, se gardant de tout messianisme temporel. L'abbé Rodde compare les textes liturgiques de 1962 (tels que rédigés à la demande de Pie XI) et ceux de 1969 issus des bouleversements liturgiques. Il reconnaît que ceux de 1962 sont plus forts et d'un vocabulaire plus typiquement sacrificiel, ceux de 1969 n'échappant pas à une certaine ambigu•té : on parle toujours de victime mais on ne précise pas si elle opère la réconciliation des hommes entre eux ou des hommes avec Dieu. Cet ouvrage permet de mieux saisir le sens profond de cette fête.

B. de K.

Sicre, 160 p., 23 euros.

> François Saint-Pierre : LE RÉVEIL FRANCO-CATHOLIQUE

Ce petit livre est une série de réflexions sur des sujets divers, mais principalement religieux. Traitant du troisième secret de Fatima, l'auteur pense que la vision du Souverain Pontife agenouillé et subissant de mauvais traitements est l'image du pape Pie XII en proie aux calomnies des médias après sa mort. Le cardinal Ratzinger, lui, voit dans ce texte l'annonce de l'attentat dont Jean-Paul II fut victime place Saint-Pierre. Le propre des prophéties est qu'on en comprend le sens que longtemps après : il est parfois très différent des interprétations données d'abord. M. François Saint-Pierre exprime des vues très justes sur la ”repentance” qui est tant à la mode de nos jours, et sur l'œcuménisme, qu'il recadre dans une perspective catholique, sans avoir de répulsion irréfléchie pour le mot et la chose. Fidèlement attaché à Rome, il regrette les sacres d'Ecône, mais pense que le jour viendra où l'on saura gré à Mgr Lefebvre d'avoir sauvegardé la messe. On peut ne pas partager toutes les thèses de l'auteur. Mais chacun lira avec intérêt et profit cet ouvrage très bien écrit.

B. de K.

Téqui, 94 p., 9 euros.

> Yves Chiron : NOS ENFANTS DE LITUANIE

L'excellent historien ami et son épouse Isabelle ont adopté, en juin 2002, en plus du jeune Vietnamien et du jeune Thaï qu'ils élevaient déjà, trois enfants lituaniens (c'était trois ou rien). Ce livre reproduit les pages du journal d'Yves Chiron, d'avril 1999 à juin 2002, qui ont trait aux péripéties de l'adoption (mais aussi à la vie quotidienne, aux élections, à la Lituanie, etc.). On admire le courage de ce couple, non pas tant pour aujourd'hui (encore que trois d'un coup...), mais pour demain, quand les problèmes d'hérédités et d'enracinements se poseront vraiment.

En vente (11 euros) à l'association Nivoit (5, rue du Berry, 36250 Niherne), créée pour venir en aide aux couples et familles qui souhaitent adopter un enfant au Vietnam, en Thaïlande ou en Lituanie.

> Benoît Le Roux : EVELYN WAUGH

Benoît Le Roux, agrégé des lettres et docteur en littérature française, déjà auteur d'ouvrages appréciés sur Aragon, Louis Veuillot, André Thérive, vient de publier une biographie du célèbre romancier Evelyn Waugh (1903-1966).

Evelyn Waugh se rattache à l'objet de notre Bulletin, car, né et élevé dans l'anglicanisme, il se convertit au catholicisme en 1930. Il se rattache ainsi à la longue cohorte des intellectuels anglais qui ont rejoint le giron de l'Eglise romaine. En 1935, il consacra une biographie à Edmund Campion, un jésuite martyrisé sous Elisabeth Ire pour son attachement à la foi catholique. Edmund Campion devait être plus tard canonisé. C'est pour Evelyn Waugh l'occasion de tracer un tableau de l'Angleterre au XVIe siècle et de nous livrer des portraits fouillés des principaux protagonistes. Il vise à réhabiliter les jésuites, qui sont souvent l'objet de fantasmes haineux en Grande-Bretagne. En 1950, Waugh publia une vie un peu romancée de sainte Hélène, la mère de l'empereur Constantin. C'est à elle que la tradition attribue la découverte de la vraie Croix. Il ne peut résister au plaisir de faire des allusions mordantes à des personnages historiques très postérieurs à sainte Hélène.

Evelyn Waugh ne fut pas emporté par la vague destructrice qui submergea l'Eglise au moment du dernier concile. Il demeura inébranlablement fidèle à la foi de toujours. Il pensait avec raison que le pape Jean XXIII était beaucoup moins progressiste qu'on ne le dit, qu'il était conservateur de tempérament et que, croyant ouvrir la fenêtre pour aérer, il fut surpris par l'irruption d'un torrent furieux qui emporta tout sur son passage.

Nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs cet ouvrage qui non seulement retrace de façon très vivante la vie et l'oeuvre d'Evelyn Waugh, mais encore brosse un remarquable tableau de la vie en Grande-Bretagne du début du siècle jusqu'après Vatican II.

B. de K.

Éd. de L'Harmattan, 2003, 320 p., 25,90 euros ; pour en savoir plus sur E. Waugh, le site http://waughbio.free.fr

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