L'imposture de Jacques Duquesne

L'IMPOSTURE DE JACQUES DUQUESNE

Après un ”Jésus”, médiocre sur le plan historique et littéraire, sulfureux pour ce qui est du contenu théologique, car il en venait à rejeter tous les dogmes fondateurs du christianisme, Jacques Duquesne renouvelle sa mauvaise action en consacrant un ouvrage à la Vierge Marie, qui est, si cela est possible, encore plus détestable que le précédent.

Le problème n'est pas que Jacques Duquesne ait des opinions personnelles hérétiques sur la Vierge Marie, Dieu a laissé l'homme libre. Non, ce qui constitue une imposture, un véritable abus de confiance, c'est que Jacques Duquesne a l'hypocrisie de se proclamer catholique. Il collabore au journal ”La Croix”. Certes, il est loin le temps où ce quotidien fondé par les Assomptionnistes avait à cœur de combattre pour la foi catholique et de défendre les positions prises par Rome. Aujourd'hui ”La Croix” passe sous silence ou minimise les instructions romaines quand elle ne les critique pas ouvertement, quand elle ne les déforme pas sciemment pour servir la cause ”progressiste” qu'elle défend avec ardeur. Dans la longue suite des prophéties attribuées à l'archevêque irlandais saint Malachie, le bienheureux pape Pie IX eut pour devise Crux de cruce, elle correspondit parfaitement à son pontificat, car elle se révéla une illustration du long calvaire qu'il eut à subir de la part de la Maison de Savoie qui portait une croix dans ses armes héraldiques. Aujourd'hui trop souvent ”La Croix” est une véritable croix pour le Souverain Pontife.


Jacques Duquesne a le droit d'avoir ses opinions. Ce qu'on peut légitimement lui reprocher, c'est de prétendre être ce qu'il n'est plus : catholique. L'enseignement de l'Eglise est formel : nul ne peut se dire catholique s'il rejette publiquement un ou plusieurs dogmes, or on cherche en vain les dogmes auxquels il adhère encore. Si bon lui semble, il peut fonder une nouvelle religion : le duquesnisme. Il devrait avoir le courage élémentaire de dire : ”Je ne crois plus aux dogmes, je ne suis plus catholique”. Mais il cherche à pervertir l'Eglise de l'intérieur et à égarer les fidèles en les persuadant que son point de vue hérétique est une opinion catholique. C'est là sa faute la plus grave.

Jacques Duquesne a raison lorsqu'il nous dit que l'Ecriture Sainte consacre peu de place à la Vierge Marie. Malheureusement il ne s'en tient pas là, et l'on se demande s'il croit encore en Dieu. Pour nous démontrer que le Christ est le fils de saint Joseph, il se lance dans un explication aussi ridicule qu'embrouillée en appelant à la rescousse les chromosomes X et Y. ”Dieu fait ce qu'il lui plaît”, dit l'Ecriture. La parthénogenèse n'existe pas chez les humains, dit Duquesne. Comme si Dieu ne pouvait pas faire ce qu'Il veut.

Au Moyen-Age, nombre de théologiens se sont lancés dans des spéculations hasardeuses et souvent indécentes pour expliquer les modalités physiologiques de l'Incarnation. En 1924, le Saint Office a interdit que l'on traite de ces matières purement oiseuses et que l'on se contente des versets de Luc : ”Je vous salue, Marie pleine-de-grâce (kécharitomène et non hécharitomène comme écrit Duquesne)... Le Saint Esprit viendra sur vous, la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu ”.

Jacques Duquesne ressort la vieille scie des frères de Jésus, problème que les exégètes et les linguistes ont réglé depuis longtemps. Il s'agit de cousins, ou de demi-frères si Joseph avait des enfants d'un premier mariage, supposition qui n'est en rien contraire au dogme. Duquesne fait de la Vierge Marie une pauvresse, alors que rien de tel n'est indiqué dans les Evangiles. A Bethléem, il n'est pas dit que c'est faute d'argent qu'ils ne trouvèrent pas de place dans l'hôtellerie. Il importe de distinguer soigneusement ce qui relève du dogme et ce qui ressort d'une pieuse tradition, aussi respectable soit-elle.

Jacques Duquesne rejette tous les dogmes mariaux, les estimant inventés par l'Eglise et sans fondement dans l'Ecriture Sainte. D'une certaine façon sa démarche est logique : il ne croit pas non plus au péché originel dont il attribue froidement l'invention à saint Augustin. Un dogme n'est pas toujours explicité par l'Ecriture, il suffit qu'il découle des textes saints et reçoive l'approbation de la Tradition. L'Incarnation postule que Dieu ne pouvait être conçu que d'une chair qui n'avait pas connu la souillure du péché. De même la virginité perpétuelle de Marie, professée très tôt par l'Eglise, découle tout naturellement de l'Incarnation, il est proprement inconcevable que la femme qui a reçu l'incroyable privilège de porter Dieu en son sein pût ensuite s'abandonner à des étreintes humaines. L'Assomption de la Vierge Marie est aussi la conséquence de l'Incarnation : la chair qui avait été le tabernacle humain du Dieu vivant ne pouvait pas être soumise à la corruption du tombeau. L'Eglise n'a pas tranché le point de savoir si la Vierge Marie a connu l'Assomption vivante ou après sa mort. Les Grecs parlent de la Dormition de Marie, mais des peintres ont représenté la mort de la Vierge sans encourir aucun blâme.

On sait peu de choses sûres sur la Sainte Famille. Lors de la visite de Jésus au temple, Joseph vivait encore, mais il est sûrement mort avant la vie publique du Christ. Après la Pentecôte, on ignore tout de la vie et de la fin terrestre de la Vierge. Qu'elle ait vécu à Ephèse auprès de saint Jean est une pieuse tradition, ce n'est pas un dogme. On peut avoir des raisons de croire aux pieuses traditions, mais ce n'est pas une obligation. Il est assez paradoxal de voir ceux-là même qui accusent l'Eglise d'être misogyne s'élever avec force contre le culte marial. L'Eglise a toujours pris soin de bien préciser que le culte de latrie était dû à Dieu seul ; celui de dulie (acte de vénération et non d'adoration) est dû aux saints ; la Vierge Marie a droit au culte d'hyperdulie, un degré au-dessus du culte rendu aux saints.

On peut regretter que l'Eglise n'ait pas encore étendu à l'Eglise universelle les ornements bleus pour les cérémonies en l'honneur de la Vierge Marie (seuls quelques diocèses en ont obtenu la concession) puisque les confesseurs et les vierges ont une couleur propre, tous comme les martyrs. Certains théologiens voudraient voir décerner à Marie le titre de co-rédemptrice. A ce jour, l'Eglise n'a pas tranché, car il y a des arguments pour et contre cette thèse.

B. de K.

2004 : http://ententecatho.free.fr