1905-2005

1905-2005 : UN TRISTE ANNIVERSAIRE

Le gouvernement s'apprête à célébrer avec faste le centenaire de la Séparation de l'Eglise et de l'Etat survenue en 1905. L'argent des contribuables pourrait être mieux employé car ce n'est pas un épisode glorieux de notre histoire. Il est étonnant de voir certains évêques et non des moindres, tel Mgr Ricard, l'archevêque de Bordeaux, qui préside la Conférence épiscopale de France, se féliciter de cette loi. C'est pousser bien loin le masochisme ou la complaisance envers les autorités.

La Séparation de l'Eglise et de l'Etat n'est pas obligatoirement une chose mauvaise. On peut estimer que cela répond d'une certaine façon au désir de Léon XIII de voir chacune des parties autonomes dans sa sphère propre et que c'est une manière de mettre en pratique la parole de l'Evangile : ”Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César.” Ce qu'il y a d'affligeant dans la loi de 1905 c'est qu'elle est, d'une part, l'apothéose d'une longue lutte haineuse contre l'Eglise et, d'une autre part, que ce fut une loi spoliatrice. On pouvait séparer l'Eglise de l'Etat sans pour autant spolier celle-ci de tous ses biens et descendre jusqu'au spectacle dégradant et affligeant des Inventaires. Les évêques qui se félicitent de cette loi oublient-ils qu'elle fut fermement condamnée dans l'Encyclique Vehementer nos par le pape Pie X ?

Les attaques et les persécutions contre l'Eglise commencèrent après que le maréchal Mac-Mahon eut été contraint à démissionner de la présidence de la République (1876). D'abord les congrégations religieuses furent persécutées jusqu'à les contraindre à l'exil. L'enseignement catholique était visé. Puis il fallut un prétexte pour aboutir à la Séparation. Il fut trouvé avec l'affaire des deux évêques républicains que le Saint-Siège démit de leur diocèse : Mgr Geay, évêque de Laval, et Mgr Le Nordez, évêque de Dijon. Mgr Geay était un prédicateur réputé mais sa destitution était amplement méritée : il fut établi qu'il entretenait des relations coupables avec la supérieure du Carmel de Laval. Le cas de l'évêque de Dijon est plus douteux, son dossier ne contient pas de preuve. Il fut accusé d'être franc-maçon. En fait, on lui reprochait surtout ses sympathies républicaines et un caractère difficile. L'affaire éclata au grand jour quand les chanoines du chapitre cathédral refusèrent de faire couronne avec l'évêque, l'usage étant en effet que les jours de grand-messe pontificale, les chanoines revêtent par-dessus leur camail une chape et viennent faire cercle avec l'évêque au pied de l'autel. Le maître des cérémonies pontificales les invita par trois fois à rejoindre l'évêque et pas un ne bougea. Incités par leur supérieur, les élèves du grand séminaire entrèrent en rébellion contre l'évêque, la situation devenait intenable. Le cardinal Merry del Val, secrétaire d'Etat, le convoqua à Rome après lui avoir interdit de procéder à des ordinations. Il fut contraint de démissionner.

Le gouvernement du ”petit père” Combes prit prétexte de ces conflits pour rompre les relations avec Rome, alors que le concordat ne lui accordait pas son mot à dire sur la démission des évêques (seulement sur leur nomination). A travers toute la France, la Séparation fut l'objet de scènes violentes lors des inventaires spoliateurs et il y eut même des morts. Rien, en vérité, ne justifie qu'on célèbre de tels évènements comme un heureux anniversaire.

Il a toujours été très difficile de trouver un terrain d'entente entre les tenants du pouvoir séculier et les autorités religieuses. Ces conflits sont d'ailleurs antérieurs au christianisme. Dans l'ancienne Egypte, le clergé des temples accaparait la plus grande partie des richesses du pays et tentait de mettre le pharaon en tutelle. Rome ne courut pas ce genre de lutte car il n'y avait pas à vrai dire de clergé, les fonctions sacerdotales étant exercées par des membres du Sénat pour les dignités les plus élevées (c'est ainsi que Jules César était ”grand pontife”).

L'Eglise fut d'abord persécutée, et souvent cruellement, durant les trois premiers siècles. Constantin fonda la paix religieuse (313). A son tour l'Eglise devint persécutrice et, à partir du règne de Théodose surtout, elle persécuta les tenants des anciens cultes. Au début du moyen-ûge, les empereurs voulurent asservir l'Eglise et ce fut la querelle du Sacerdoce et de l'Empire. A son tour, l'Eglise voulut asseoir sa domination sur les souverains et s'arrogea de disposer des couronnes, voulant accaparer toutes les fonctions judiciaires. Les légistes royaux ripostèrent et voulurent alors dépouiller la justice ecclésiastique de tous ses droits.

On a souvent une vision idyllique et fausse des rapports de la monarchie et de l'Eglise. Il ne faut pas se fier aux appellations pompeuse de ”Majesté très Chrétienne”, de ”Majesté Catholique” ou encore, comme au Portugal, de ”Majesté très Fidèle”. L'histoire des monarchies n'est qu'une interminable suite de conflits des rois avec la papauté et le clergé de leur royaume. Ce qui a contribué à fausser le jugement c'est la Révolution Française et ses retombées dans toute l'Europe qui fit que les monarques et l'Eglise eurent les mêmes ennemis et s'unirent pour les combattre.

Cette alliance tardive ne doit pas faire oublier la volonté constante des souverains de soumettre l'Eglise. En Angleterre cela donna le schisme d'Henri VIII et, en Allemagne, jamais la Réforme de Luther n'aurait pu s'imposer si elle n'avait pas reçu le concours des princes qui en profitèrent pour faire main basse sur les évêchés et les abbayes qu'ils sécularisèrent. Louis XIV se servit du gallicanisme pour domestiquer l'Eglise. En Autriche, le frère de Marie-Antoinette, l'empereur Joseph II mérita le surnom peu flatteur d'”empereur sacristain”, tant il soumit l'exercice du culte à des contrôles tatillons.

La Séparation de l'Eglise et de l'Etat, aux Etats-Unis, fonctionne à la satisfaction des deux parties. Le problème en France est qu'elle fut réalisée dans un climat de haine. Des hommes politique comme Aristide Briand eurent le mérite d'atténuer ce qu'elle avait de plus violent. Autant la neutralité de l'Etat est une notion respectable et réaliste quand sur un territoire national coexistent plusieurs confessions et des incroyants, autant la la•cité revêt un caractère agressif tout à fait déplorable. Ce qui avait été largement atténué au fil des années est en train de revenir sous la forme d'une la•cité exacerbée. Les inquiétudes manifestées par un certain nombre d'évêques sur ce point sont tout à fait légitimes.

B. de K.

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