>> Le mariage chrétien menacé <<

> LE MARIAGE CHRÉTIEN MENACÉ

Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la conférence épiscopale de France, dans son bulletin diocésain, s'est prononcé contre le mariage homosexuel. Il ne pouvait pas prendre une autre position. L'ennui est que son argumentation est molle et s'appuie sur des considérations qui ont peu de rapport avec la loi divine. Cette erreur d'appréciation est amplifiée par le secrétariat de l'épiscopat qui a demandé un long texte à l'abbé Tony Anatrella, intitulé ”Homosexualité et mariage”. L'auteur, prêtre du diocèse de Paris, est médecin de formation et psychanalyste. L'ennui est qu'il refuse d'emblée de se placer sur le seul terrain sûr qui est celui de la théologie, pour se lancer dans des considérations humano-sociologiques sujettes à caution.

La morale a son fondement dans la volonté divine et il est pour le moins présomptueux de chercher à expliquer ou à justifier les choix divins, oubliant la parole de l'Ecriture : Id fecit quid voluit. Le livre de Job nous enseigne la futilité de nos tentatives d'explication. Les moralistes ont eu grand tort de vouloir à tout prix justifier les interdits moraux édictés par Dieu, fût-ce en ayant recours à l'argument de ”la nature”. Il est écrit au premier chapitre de la Genèse : Masculum et feminam creavit eos... et ait ”Crescite et multiplicamini”. Au chapitre 38, le péché d'Onan se trouve durement condamné. Cela devrait suffire. Des médecins bien intentionnés, au XIXe siècle, ont promis ont contrevenants la tuberculose, la surdité, la folie, thèses qui se sont trouvées ridiculisées par le progrès des sciences. Le seul recours à la Révélation et à la Tradition éviterait de nouvelles divagations.

Le pseudo-mariage célébré par M. Mamère à Bègles n'est que l'une des multiples attaques de l'institution du mariage. Institué au chapitre 2 de la Genèse, le mariage a été béni à Cana par le Christ, qui en a renforcé les exigences de fidélité (Matthieu, XIX, 8). Son principe est immuable, même si dans ses modalité pratiques c'est le sacrement qui a le plus évolué avec le sacrement de pénitence. C'est du reste un sacrement transitoire car la parole du Christ est formelle : au Paradis, il n'y aura ni mari, ni femme. L'enseignement constant de l'Eglise est que l'état de virginité est supérieur à l'état de mariage (Matthieu, XIX, 10-12).

Le mariage chrétien s'inspire beaucoup du mariage romain le plus solennel qui était la confarreatio. Sans disparaître, il a subi une éclipse avec les invasions barbares. L'Eglise a dû entamer une longue lutte pour combattre à la fois la répudiation et le concubinat qui s'étaient généralisés. Si l'indissolubilité du mariage est la règle générale, pendant assez longtemps on débattra pour savoir si l'adultère n'est pas une cause de rupture du lien matrimonial. Soucieuse d'éviter l'inceste, l'Eglise étendra la prohibition des mariages entre parents jusqu'à un degré excessif ; le concile de Latran IV ramènera de sept à quatre le degré de parenté interdisant, sauf dispense, le mariage. Le mariage ne trouvera sa forme actuelle qu'au concile de Trente qui interdira les mariages clandestins, permettra aux jeunes adultes de se marier sans le consentement de leurs parents et exigera qu'il soit célébré devant le curé de l'une ou l'autre des deux parties, ou du moins par un prêtre muni d'une délégation de pouvoir. Pendant longtemps, le point de savoir qui est le ministre du sacrement restera en discussion ; la question ne sera tranchée que sous le pontificat de Benoît XIV qui confiera la question à une commission de cardinaux et de théologiens. A une très faible majorité, celle-ci tranchera pour les époux, le prêtre n'étant que le témoin de l'union. Benoît XIV penchait personnellement pour le prêtre. S'appuyant sur la fameuse parole de l'Ecriture ”L'homme ne séparera pas ce que Dieu a uni”, il estimait qu'elle supposait le prêtre, représentant de Dieu, comme ministre du sacrement. Il se ralliera à la décision de la commission, qui est l'enseignement commun de l'Eglise sans être un dogme. En 1917, le pape Benoît XV ramènera à trois les degrés de parenté prohibant le mariage et ne resteront hors de toute dispense que les parentés entre ascendants et descendants et entre frères et sœsurs.

Les orthodoxes, plus larges que l'Eglise romaine en matière de divorce, interdisent que l'on dépasse les troisièmes noces. Un empereur de Byzance entra en conflit avec l'Eglise et fut excommunié pour s'être marié une quatrième fois. Seul le mariage religieux entraîne l'indissolubilité. Lors du dernier Concile, les théologiens appartenant à l'aile progressiste émirent l'idée qu'un mariage purement civil avait les mêmes effets qu'un mariage religieux. Ils poussaient à l'extrême l'idée que les époux sont ministres du sacrement ; pour eux le seul consentement mutuel des époux avait un effet sacramentel. Cette proposition ne fut pas retenue et on conserva la doctrine traditionnelle qui dit qu'un mariage purement civil ne saurait remplacer le mariage religieux.

Le nouveau code de droit canonique de 1983 a conservé dans la liste des empêchements dirimants la clause d'honnêteté publique, c'est-à-dire d'avoir vécu publiquement en concubinage. Comme il est douteux qu'une dispense soit sollicitée à chaque fois que le cas se présente, cela rend beaucoup de mariages invalides. Il peut y avoir invalidité sans péché : pour qu'un péché soit mortel, il faut qu'il y ait gravité de la matière, pleine advertance et plein consentement. Si l'on découvre l'invalidité de son mariage et que l'on est de bonne foi, on peut solliciter une sanatio in radice.

L'institution du mariage est attaquée par la multiplication des divorces. On arrive à l'effrayante proportion d'un divorce pour deux mariages en région parisienne ; en province c'est seulement, si l'on peut dire, un pour trois. Le mariage est attaqué aussi, en amont, par le concubinage. Sa généralisation nous ramène aux temps mérovingiens. L'Eglise qui déploie une grande énergie pour lutter en faveur de l'immigration ne montre pas grand zèle pour combattre le fléau du concubinage, alors que cela relève indubitablement de sa compétence. Nombre de familles sont tout aussi laxistes, autorisant voire encourageant chez leurs enfants un comportement en contradiction avec l'enseignement de la morale catholique. Plus insidieuse, mais non moins réelle, est l'attaque lancée de l'intérieur contre le mariage. Il ne faut pas oublier que tout n'est pas permis à l'intérieur du mariage. La recherche du plaisir n'est pas illégitime (les théologiens qui ont prôné le contraire n'expriment qu'une vue personnelle), à condition toutefois qu'elle reste dans les normes prescrites par l'Eglise.

Bernard de Kerraoul

M. l'abbé T. Anatrella.

2004 : http://ententecatho.free.fr