Pétrarque

PÉTRARQUE

En 1834, consacrant un bel article à Pétrarque, l'historien libéral anglais Macaulay constatait qu'il était le seul écrivain avec Cervantès à avoir eu, avant le XIXe siècle, une audience véritablement européenne. Et il y voyait trois raisons : il fut ”le Christophe Colomb” du continent amoureux délaissé depuis Ovide ; il fut l'homme de la connaissance, précurseur de la Renaissance des lettres, qui redécouvrit la correspondance de Cicéron et mourut pendant qu'il la consultait une fois encore ; il fut surtout le premier poète du ”moi”.


Découvrant qu'aucun homme ne ressemble à un autre et que d'une certaine façon l'on meurt seul, Pétrarque juge bon de dévoiler ses tentations, ses peines, ses faiblesses intimes. Et certes il n'était pas un saint ! Epris de gloire littéraire, il n'eut de cesse de se faire couronner au Capitole (1341) ; chanoine (sans être prêtre), il eut un fils (1337) et une fille (1343) malgré son vœu de célibat. Mais il avoue ses péchés, il appelle le diable par son nom, il se lève la nuit pour réciter l'office. Dans les derniers des 365 poèmes du Canzoniere (Chansonnier) sans cesse remanié, il reconnaît, ”triste et confus d'avoir usé ses ans” à des ”bagatelles” littéraires et amoureuses, que Laure eut raison de toujours repousser ses ”brûlants désirs”. Il supplie Dieu : ”Seigneur qui dans cette prison m'as enfermé,/ Viens m'en tirer, sauvé de l'éternel supplice,/ Car je connais ma faute et ne l'excuse pas”. Et il invoque Marie dans un 366e poème (pour année bissextile) que Macaulay lui-même trouvait magnifique : ”Vierge belle qui de soleil vêtue,/ D'étoiles couronnée, au Souverain Soleil/ As tant plu que dans toi il cacha sa Lumière...”.

Le Pr Alain Michel parle de la ”mélancolie courageuse” de Pétrarque. Car il n'avait pas le robuste optimisme de saint Thomas, et d'ailleurs il n'aimait pas les scolastiques, préférant son cher saint Augustin ; il était proche d'une spiritualité monastique, il aimait les Chartreux dont était Gerhardo, son frère bien-aimé (à Montrieux en Provence), il cherchait lui-même la solitude dans sa maison du village de Vaucluse (proche du Ventoux qu'il a décrit en latin dans une lettre fameuse de 1336), ou à la fin de sa vie à Arqua.

Laissons la conclusion à Lamartine : ”Ni Homère, ni Horace, ni Tibulle, ni Milton, ni Racine n'ont de tels vers, parce qu'aucun d'eux n'a tant aimé ni tant prié. David seul a des versets de cette nature dans ses Psaumes. Pour tout homme sensible qui comprend les sonnets de Pétrarque dans la langue où ils ont été pleurés ou gémis, ils sont un manuel qu'il faut porter sur son coeur ou dans sa mémoire comme un confident ou un consolateur dans toutes les vicissitudes des attachements humains ; ils calment comme des versets de l'Imitation, et de plus ils enchantent par des mélodies intérieures...”

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